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[Critique] Borgen (saison 1)

Publié le par Pauline Roux

Série créée par Adam Price et ses coscénaristes Jeppe Gjervig Gram et Tobias Lindholm .

[Critique] Borgen (saison 1)

10 épisodes.10 chapitres.      

           Borgen fait partie de ces quelques séries européennes dont on peut être fier. Brillamment construite, la série relate l’accession au pouvoir d’une femme, Brigitte Nyborg, au poste de Premier Ministre du Danemark. Rien de folichon me direz-vous. Cette ascension devient néanmoins intrigante, passionnante, parfois glaçante au fil des épisodes.

            La série est constituée de dix épisodes, autant d’échelons gravis par le Premier Ministre au court de son mandat. Chaque volet possède une unité dramatique et un dénouement qui lui sont propres : en effet, on suit l’évolution des personnages, la toile de fond est tendue sur la totalité des épisodes, mais chacun d’entre eux décrit une étape importante de la vie politique de cette femme, avec son lot de situations tendues, de problèmes diplomatiques ou de négociations politiques délicates. Chantage, négociations serrées, compromis, tout est là, distillé au fil de la saison, dont les épisodes sont réalisés comme autant de moyens métrages.

Le centre de Borgen

            Brigitte Nyborg est centriste. Elle n’a pas la majorité législative et est obligée de négocier avec les autres groupes politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite.  Cette situation permet aux auteurs de mettre l’accent sur les tractations politiques que doit faire le Premier Ministre afin de mener à bien son projet , négociant tant avec la droite qu’avec la gauche. Tout est ici question de survie : on négocie pour rester en place, pour garder ses privilèges et son pouvoir, et , en option, pour rester cohérent à ses convictions. « Il faut négocier tant qu’on a de l’influence. » jette un responsable politique. Les idées politiques ne sont pas figées, elles bougent au fil des négociations. Bluff, relance, renoncement : la politique vue par les réalisateurs de Borgen est une véritable partie de poker.

La lutte d’une femme.

         Une femme accède au pouvoir. Ce sujet a été abordé et une analyse esquissée dans les dernières saisons de 24 Heures Chrono, dans lesquelles une femme arrive pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis au poste de Présidente. Les personnages de femmes au pouvoir, dans les séries ou films actuels, sont très rares et très peu traitées dans leur globalité. Dans Borgen, les réalisateurs montrent la vie de cette femme d’Etat sous tous ses aspects : l’attitude machiste des hommes, qui la prennent de haut et pensent qu’elle n’a pas la carrure d’un leader, le bouleversement de sa vie de famille, un quotidien qui lui échappe, un emploi du temps qui lui dicte tout. Comme si elle était propulsée star internationale, Brigitte Nyborg n’a plus de vie privée, s’en remet entièrement à son mari (on a plutôt l’habitude de voir l’inverse, la femme au foyer s’occupant des enfants et attendant sagement que Monsieur rentre à la maison après une dure journée de labeur) pour l’éducation de ses enfants et la gestion du quotidien. Elle peine à trouver quelques heures pour être avec les siens. Les difficultés de s’imposer en tant que politicienne sont nombreuses : tous les hommes autour d’elle, dans l’adversité, lui font entendre qu’elle n’est que le reflet de son parti, qu’elle est là accidentellement. Peut-être encore plus que si c’était un homme, elle doit faire ses preuves, montrer qu’elle est capable. En plus de cela, elle est nommée superintendante d’une troupe composite dont elle doit canaliser les envies de pouvoir et les luttes d’influence. La tâche n’est pas aisée. L’actrice danoise Sidse Babett Knudsen incarne parfaitement cette femme travailleuse, directe et rigoureuse, à qui l’on s’attache beaucoup. Au fil du temps, Brigitte Nyborg prend de l’assurance et montre des qualités décisionnelles indéniables, mettant à bas toutes les réflexions de ses adversaires (et de ses « amis »). Mais le poste de Premier Ministre l’amène aussi à faire beaucoup de compromis et la transforme en véritable politicienne : plus on avance dans la série, plus Brigitte Nyborg pense politique, mange politique, dort politique. Elle est excellente à son poste mais s’aperçoit que si elle veut le rester elle doit s’y consacrer entièrement.

L'omniprésence de son spin doctor comme des médias rendent la vie personnelle du Premier Ministre très compliquée...L'omniprésence de son spin doctor comme des médias rendent la vie personnelle du Premier Ministre très compliquée...

L'omniprésence de son spin doctor comme des médias rendent la vie personnelle du Premier Ministre très compliquée...

La place des médias.

        La communication dans la vie politique est omniprésente dans Borgen, voire oppressante. Les médias sont montrés comme autant de marionnettes entre les mains des conseillers en communication des divers partis politiques. Les informations sont lâchées en pâture aux télévisions et radios dans le seul but d’obtenir tel ou tel effet. La robe du Premier Ministre est choisie en fonction de l’humeur que l’on veut montrer. Tout est question de paraître, d’influence. Où sont les idées politiques, les convictions profondes qui peuvent animer ceux qui nous gouvernent ? La série pose un regard cynique sur ce qui motive les politiques. Elle en devient glaçante car elle nous renvoie à cette question : qui nous gouverne et pourquoi ? Les réponses semblent être bien sombres. De nos jours, avec toutes les nouvelles technologies (smartphone, internet, télévision, etc…) et autres réseaux sociaux, le pouvoir semble plus voué à déjouer les manœuvres politiques, faire taire les scandales ou les langues médisantes, qu’à proposer de vraies alternatives politiques, réfléchies et concrètes.

       Les médias sont utilisés pour porter les coups les plus bas, pour abattre son adversaire. « Nous sommes en guerre. » lâche un des personnages. C’est bien de cela dont Borgen parle : d’une guerre sans merci, où les spin doctors font office de généraux de guerre, où il est parfois plus aisé de négocier avec ses adversaires plutôt qu’avec les membres de son propre bord. Le monde de la télévision est largement décrit ici, son rôle dans cette guerre semble similaire à celui des mercenaires. On critique le manque de journalisme de ces chaînes qui prétendent nous informer. La technique utilisée dans la série souligne son opposition aux formes de la télévision : pas de montage haché, une excellente photographie, des mouvements de caméra lents, implacables et qui soulignent l’état de guerre permanent dans lequel tout ce petit monde est plongé. La profondeur de champ sert très souvent à rendre compte du malaise des personnages, de leur engagement officieux dans telles ou telles ruses, évitant ainsi les dialogues trop bavards. La série est sobre et terriblement efficace, tant elle semble nous décrire la vie politique de n’importe quel pays démocratique, pas seulement du Danemark. Elle sollicite notre esprit critique et humaniste, et on en redemande !

        Les trois saisons de Borgen ont été diffusées par Arte en 2012 et 2013. Elles sont maintenant disponible en DVD chez Arte Edition.

                               Pauline R.

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11. Wallander
12.Dexter
13.Lost
14. The Good Wife
15. 24 Heures Chrono
16.Fais pas ci fais pas ça
17.Desperate Housewives
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