[Critique] Dexter
Série créée par James Manos Jr.
Diffusée en octobre 2006 et septembre 2013 sur la chaîne américaine Showtime. En France, la série est diffusée sur Canal +, puis sur TF1.
Adaptée des romans de Jeff Lindsay, la série suit le quotidien de Dexter Morgan. Bien installé dans sa vie à Miami, il est expert en traces de sang à la police Métropolitaine de la ville le jour… et tueur en série la nuit. L’ironie est déjà là : Dexter trouve ses victimes au sein même de l’institution la plus dangereuse pour lui. Obéissant à un code très strict qui lui interdit de tuer des innocents, il traque les criminels ayant échappé à la justice. Dexter est le justicier qui exécute les coupables !
Ce principe est pervers à plus d’un titre. C’est un moyen de justifier les agissements de Dexter : si la justice n’est pas capable de mettre les tueurs en prison, il se charge de les empêcher de nuire (définitivement !). La série montre ici une société ultra violente, qui fait des choix : les autorités laissent des tueurs en liberté, qui, à leur tour, sont exécutés par un autre tueur. Le code que Dexter suit scrupuleusement lui permet de ne laisser aucune trace et d’accomplir ses meurtres de manière extrêmement méthodique. Pendant toute la première saison, on est souvent mal à l’aise et tiraillé : on ne peut adhérer à cette méthode, on se sent voyeur de faits abominables. Mais nous sommes pris par l’enquête policière, intrigués par cet homme qui utilise ses besoins meurtriers pour tuer les assassins impunis. Le côté Zorro séduit par son originalité mais dérange. Il dérange d’autant plus que c’est son propre père, policier lui aussi, qui enseigne à Dexter comment canaliser ses pulsions. Le comble de la perversion !
Toujours basée sur une intrigue policière (avec, le plus souvent, un autre tueur en série impliqué), chaque saison de la série tient le spectateur en haleine : la voix off nous emmène dans la vie de Dexter, ses meurtres et ses doutes, tout en nous attachant au fil policier. Le suspense est constant, on est pris, on accroche. Le tueur au camion frigorifique, le Boucher de Bay Harbor, Trinity, le Tueur de l’Apocalypse... à chaque saison son tueur en série traqué par la police et qui nous rend Dexter de plus en plus fascinant. Comparé à eux, Dexter semble meilleur (dans tous les sens du terme). Ce sentiment est étrange pour le spectateur : on se surprend à penser qu’au bout du compte, on peut accepter le fait qu’il soit un tueur en série, tant qu’il agit « pour la bonne cause ». En plus, Dexter est entouré de personnages névrosés qui insinuent l’idée que sa pulsion meurtrière n’est peut-être qu’une névrose parmi d’autres, ou un besoin naturel, comme faire du sport ou de la musique. A quelques détails près…
Durant les cinq premières saisons, Dexter se révèle à nous. Grâce au narrateur omniscient, nous sommes finalement les seuls à le connaître vraiment, bien que, dans chaque saison, il soit percé à jour (la personne qui parvient à découvrir son secret reste cependant rarement en vie). De son enfance sanglante à son apathie générale, on plonge de plus en plus profondément dans le personnage. On découvre ainsi un homme blessé, complexe, qui a beaucoup de mal à prendre ses responsabilités, que ce soit pour ses meurtres, avec sa famille ou les femmes qu’il rencontre. C’est passionnant…jusqu’à la saison 6, à partir de laquelle nous commençons à retrouver des comportements et des réactions que nous connaissons déjà. Et surtout, Dexter parvient toujours à s’en sortir. Grâce au code tout d’abord, à sa profession ensuite, car il a accès à toutes les informations lui permettant de semer les policiers qui finissent toujours par suivre sa trace. Le système marche parfaitement et nous emmène où il veut. Jusqu’ici, tout était nouveau mais les producteurs auraient été bien inspirés de condenser les saisons 6, 7 et 8 en un seul bon et explosif chapitre. Au bout de six saisons, la facilité qu’il a de s’extirper des situations les plus tendues devient de moins en moins crédible. La série traîne alors en longueur et aurait sûrement dû se finir plus tôt.
Mais l’interprétation magistrale de Michael C. Hall est une constante. Fraîchement débarqué de l’excellente série Six Feet Under, l’acteur américain n’imaginait sûrement pas un tel succès. Il a donné six ans de sa vie à Dexter. Il laisse une trace inoubliable dans l’univers des séries, et on se souviendra longtemps de sa gueule d’ange maculée de gouttes de sang fraîchement projetées par la scie qui lui sert à découper ses victimes. S’appuyant sur une posture unique, mélangeant rigidité inquiétante et cool attitude, il est parfait en serial killer. Il compose avec maestria le Dexter public, gentil, serviable et qui amène des Donuts le matin en arrivant au travail, mais aussi le tueur de sang froid, aux prises avec son « passager noir ». Le générique de la série fait d’ailleurs un excellent parallèle entre sa vie « normale » et son activité nocturne. Dans une ambiance salsa, qu’on retrouve en fond sonore très régulièrement, Dexter se lève le matin, s’habille, prépare son petit déjeuner. Le couteau qu’il utilise, l’orange sanguine qu’il presse, la viande qu’il découpe, les lacets qu’il noue, tous ces éléments sont là pour nous rappeler que, malgré son apparence de gentil garçon, il reste un être extrêmement dangereux. Par ailleurs, la bande originale est également constituée de thèmes dissonants : les violons lancinants permettent de souligner les scènes de crimes de Dexter et nous plongent encore plus profondément dans l’univers bizarre de ce justicier psychopathe.
L’intégrale des saisons 1 à 7 de Dexter est disponible en DVD et Blu-Ray, édité par Showtime. La date de sortie du coffret DVD et/ou Blu-Ray de la dernière saison n’est pas encore connue.
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