[Critique] Gravity
d’Alfonso Cuarón.
Sorti le 23 octobre 2013.
Gravity est une expérience. Le son, l'image, l'univers visuel, la 3D, le scénario, tout est réuni pour offrir au spectateur l'une des plus grandes expérience visuelle et corporelles de l'histoire du cinéma.
Embarquée dans une navette spatiale, l'équipe du Commandant Kowalski et du professeur Stone répare tranquillement un module en écoutant de la musique hawaïenne. La caméra, tout en apesanteur et en longs plans séquences, tourne autour d'eux, nous fait apercevoir de magnifiques vues de la Terre, introduit les changements de lumière dûs au soleil, si fréquents dans le film. Elle nous plonge dans ce rythme si particuliers lié à l'apesanteur. Car le film est une question de rythme. Alfonso Cuarón oppose ingénieusement et avec force les moments lents aux accélérations exponentielles des situations d'urgence, nous ballotte constamment. Ainsi, lorsque Houston demande à l'équipe de rentrer immédiatement dans la station car des débris arrivent sur eux à une vitesse de 28 000 km/h, tout s'accélère. Le basculement est violent, sonore, sans appel: tout l'équipage meurt, sauf Stone (Sandra Bullock) et Kowalski (George Clooney) qui vont devoir se battre, traverser de nombreuses et périlleuses épreuves s'ils veulent espérer survivre. La tension est constante, car plusieurs éléments viennent se superposer et se rajoutent au fur et à mesure: la solitude des personnages et leur dépendance (ils sont attachés l’un à l’autre par une sangle), mais également les débris, qui tournent autour de la Terre et constituent donc une menace récurrente, le manque d'air, et enfin la liste des étapes à franchir pour s'en sortir qui est longue, longue.... Le suspense va crescendo, tandis que nous vivons physiquement le film avec les deux acteurs. La caméra, parfois embarquée et rendant parfaitement le point de vue des astronautes, nous emmène dans leur expérience, et la 3D est telle qu'on a la sensation d'être à bord d'une véritable attraction de fête foraine: tout bouge, vibre, on est désorienté, aux prises avec des dangers imminents et inéluctables. Notre pouls explose, nous sommes accrochés à notre siège, craignant le pire. La 3D est incroyablement réaliste, et on se surprend à esquiver de la tête les débris spatiaux qui nous foncent dessus. Au ballet fluide, poétique et léger de la première séquence succèdent l'angoisse, la terreur, la désorientation: les corps des astronautes flottent dans la capsule, la carcasse de la navette est éventrée, l'oxygène baisse, la mort est proche. En plus d'être seuls, les rescapés se retrouvent coupés de la Terre: le blackout est total, comme le chaos qui règne tout à coup. Au sang froid de Kowalski s'oppose la détresse et la panique de la scientifique Ryan Stone. Ils sont liés par ce besoin de survivre.
Les débris lancés à grande vitesse sont la cause de l'isolement du Dr. Stone (S. Bullock) et du Commandant Kowalski (G. Clooney).
La catastrophe constitue aussi pour le personnage de Sandra Bullock le début d'un état des lieux: elle doit lutter, gagner le droit de vivre et pour cela savoir si elle en a vraiment envie. La renaissance commence lorsqu'elle enlève sa combinaison, provisoirement à l'abri dans un module. Elle se défait de son scaphandre, renaît, comme un fœtus encore attaché par son cordon ombilical. Reste à savoir si le nouveau-né est viable…
La performance des deux acteurs est incroyable, surtout lorsque l’on sait qu’ils ont tourné peu de scènes effectivement ensemble : tels deux danseurs, ils ont répété encore et encore leurs gestes, afin de rendre compte du rythme qu’impose l’apesanteur, inexistante en studio, de l’interaction entre les personnages, de la perception de l’espace autour d’eux. Comme deux marionnettes, Clooney et Bullock deviennent en apesanteur, à défaut de l’être.
Pour finir, on ne peut pas parler de Gravity sans évoquer le son. La musique est très présente, parfois planante mais surtout soulignant la tension générée par l'action. On a souvent l'impression que le compositeur Steven Price a voulu rendre l'absence du son dans le vide à travers sa musique, chose paradoxale ! Les bruits sont tamisés, amplifiés, déformés: rien ne ressemble à ce que l'on peut réellement entendre.
On ne ressort pas indemne de Gravity. C’est un objet unique, que l’on vit, que l’on ressent intensément. Il est à voir vite en 3D car il est certain qu’en le voyant en 2D, on perdrait une grande partie de l’univers visuel majestueux et captivant de Cuarón. Ce serait bien dommage !
En complément, les deux liens ci-dessous aident à mieux comprendre la génèse et l'environnement de Gravity.
![[Critique] Gravity](http://img.over-blog-kiwi.com/0/70/35/85/201311/ob_01f0f7_gravity-affiche-detail-655x400.jpg)
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